rapport de la commision amiante de Juin 2007
RAPPORT PROVISOIRE version du 27 juin 2007 Amiante environnemental en
Nouvelle Calédonie
Recommandations concernant Rapport de mission du 23 avril au 4 mai 2007 Jean-Luc Boulmier (BRGM) Marie-Annick Billon-Galland (LEPI) Danièle Luce (INSERM) Sommaire 1. Rappel des objectifs 1.1. Termes de la mission 1.2. Bref rappel historique 1.3. Validation des avancées du Groupe de travail amiante environnemental
les mesures de réduction du risque
et l’évaluation du risque sanitaire
2. Estimation de l’impact des expositions environnementales à l'amiante sur la santé de la population de Nouvelle-Calédonie 3. Propositions d’action – Recommandations 3.1. Résumé du programme visant à réduire le risque 3.2. Structuration et évolution du groupe de travail actuel sur l’amiante environnemental2.1. Résumé du programme visant à réduire le risque 3.3. Communication – Information 3.4. Mesures immédiates de prévention et de réduction de l’exposition pour les populations 3.5. Connaissance des affleurements d’amiante 3.6. Réduction des risques pour les voies routières empierrées 3.7. Exploitation des carrières 3.8. Exploitation minière 3.9. Mesures de prévention pour des chantiers sur des terrains amiantifères 4. Contrôle de l’exposition aux fibres d’amiante 5. Surveillance épidémiologique 6. Conclusions 1. Rappel des objectifs 1.1 Termes de la mission Le BRGM, le Laboratoire d’Etude des Particules Inhalées (LEPI) et l’Institut National de Les trois axes principaux de travail fixés à la mission concernent la géologie, les analyses de matériaux et les contrôles d’empoussièrement, l’épidémiologie et l’évaluation du risque sanitaire. Ces différents volets ont déjà faits l’objet d’une étude collective par le groupe de travail « amiante environnemental de Nouvelle-Calédonie ». La demande préalable à cette mission d’expertise stipulait les points suivants à évaluer selon les compétences : Géologie (BRGM) - Valider les avancées géologiques - Valider le cahier des charges - Valider les méthodes de travail Mesures de fibres aériennes (LEPI) - Etudier différentes méthodes de prélèvement et d’analyse - Interprétation des données existantes - Valider et identifier les méthodes les plus adaptées et représentative utilisable de manière systématique - Etablir un système d’échelle Epidémiologie, évaluation du risque (INSERM) - apporter des conseils sur les méthodes à mettre en œuvre, les plus adaptées à - apporter une aide méthodologique et la compétence de l’INSERM pour l’évaluation de ce risque. Une mission a été effectuée du 23 avril au 4 mai 2007 par Jean-Luc Boulmier (Adjoint au Chef de Service Métrologie, Monitoring, Analyses du BRGM, par Les conclusions de la mission ont été présentées lors d’une conférence et au cours de deux réunions au Gouvernement de Nouvelle Calédonie, ainsi qu’au Haut Commissariat. Celles-ci comportent des recommandations. Suite à ces présentations, les autorités Calédoniennes et le représentant de l’Etat français ont affirmé leur volonté de s’engager de manière rapide dans un programme de réduction de risques et de surveillance sanitaire. Le programme est porté en annexe. Il se décompose en : - missions sur le terrain du 24 au 27 mai 2007 - réunions de travail avec les spécialistes locaux, - préparation de la conférence du 3 mai 2007. Le programme et les transparents sont portés en annexe. - rencontres avec le Gouvernement (2 mai) et le Haut Commissariat (4 mai), - synthèse avec le groupe de travail amiante.
1.2. Bref rappel historique Les travaux antérieurs à ceux du groupe de travail « amiante environnemental de Nouvelle-Calédonie » sont rappelés ci-dessous. En 1991, une étude réalisée par l'Unité 88 de l'Inserm sur les cancers respiratoires et l'industrie du nickel en Nouvelle-Calédonie met en évidence une incidence élevée de mésothéliomes pleuraux sur le territoire [1]. Cet excès de mésothéliomes ne s’explique pas par une exposition professionnelle à l’amiante. Les caractéristiques des cas font plutôt envisager une exposition environnementale à l’amiante ou à d’autres fibres minérales : incidence égale dans les deux sexes, cas jeunes (certains de moins de 40 ans) suggérant une exposition ayant débuté dans l’enfance, excès de mésothéliomes limité à l’ethnie mélanésienne et à certaines régions essentiellement rurales du centre de En 1993, afin d'identifier les facteurs de risque responsables de cet excès de mésothéliomes, une nouvelle étude est mise en place, l'hypothèse principale étant la présence de fibres minérales dans l'environnement naturel. L'étude mise en œuvre est une étude cas-témoins en population générale et porte sur l'ensemble des cancers respiratoires, car dans l'hypothèse d'une exposition environnementale à des fibres minérales, d'autres sites de l'appareil respiratoire (en particulier le poumon) pouvaient être concernés. Dès le début du recueil des données, le travail de terrain permet de mettre en évidence dans certains villages mélanésiens l'existence d'une pratique consistant à recouvrir les murs intérieurs et extérieurs des maisons d'un enduit fabriqué à partir d'une roche friable trouvée à proximité des habitations. L’analyse de quelques échantillons de cet enduit, appelé pö dans plusieurs langues locales, et de la roche servant à sa préparation montre qu'ils sont composés presque exclusivement de trémolite, variété d'amiante du groupe des amphiboles [2]. L’Unité 88 informe le Directeur général de l’Inserm et les autorités sanitaires, et Les résultats de l’étude cas-témoins mettent en évidence en 1997 une très forte association entre l’utilisation du pö et le risque de mésothéliome. L’utilisation du pö augmente également significativement le risque de cancer du poumon chez les femmes. En revanche, aucune association n’est observée chez les hommes probablement en raison de niveaux d’exposition plus faibles [5,6]. Une campagne de métrologie est réalisée par l’Inserm en collaboration avec le LEPI en 1998 [7,8]. Dans la plupart des prélèvements les fibres d'amiante identifiées sont des fibres de trémolite, mais dans quelques cas des fibres de chrysotile ont également été mises en évidence, à des niveaux cependant beaucoup plus faibles. Les concentrations atmosphériques les plus élevées sont observées à l’intérieur des habitations recouvertes de pö, particulièrement pendant le ménage (plusieurs centaines de fibres par litre d’air). Parallèlement, une enquête sur les activités quotidiennes en tribu montre que les femmes passent en moyenne environ deux heures de plus à l’intérieur des maisons que les hommes, et confirme que seules les femmes ou les fillettes exercent les activités ménagères. Ces résultats renforcent l’hypothèse de niveaux d’exposition cumulés plus élevés chez les femmes. La pollution atmosphérique par les fibres d’amiante n'est cependant pas limitée aux habitations recouvertes de pö. Quelques prélèvements réalisés à dans des habitations non recouvertes ou sur des pistes ont mis en évidence des concentrations non négligeables bien que beaucoup plus faibles (de l’ordre de 10 fibres par litre). Par ailleurs, l’analyse de prélèvements biologiques (tissu pulmonaire ou liquide de lavage broncho-alvéolaire) montre que la concentration pulmonaire en fibres de trémolite est très fortement liée à l’utilisation du pö, et augmente avec la durée d'exposition [8]. Chez les sujets exposés, les concentrations pulmonaires sont d'un niveau comparable à ce qui peut être observé en milieu professionnel. La présence de fibres de trémolite, à des concentrations cependant beaucoup plus faibles, dans les prélèvements de sujets non exposés au pö indique également que d’autres sources d’exposition existent. Ceci est également corroboré par une analyse détaillée des expositions professionnelles, qui met en évidence une association entre le risque de cancer du poumon et l’exposition aux poussières de terre, qui pourrait refléter une exposition environnementale à des fibres d’amiante provenant des terres cultivées [9]. L’ensemble des résultats a amené à conclure que l’utilisation du pö était la source principale d’exposition à l’amiante, que l’utilisation de cet enduit augmentait le risque de cancer respiratoire. En 1997, un premier recensement des habitations à risque (recouvertes de pö) a été réalisé en Province Nord, et un second en 2000. Les constructions à risque en Province Sud (beaucoup plus rares) ont été recensées en 1999. En 2001, à la demande du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, une mission conjointe de l’Institut de Veille Sanitaire et du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment a permis de formuler des propositions techniques concernant la réduction du risque dans l’habitat (démolition des constructions) et des recommandations en terme de suivi sanitaire des populations concernées (notamment un dépistage) [10]. Une campagne de destruction des habitations recouvertes de pö et de reconstruction a été réalisée en 2004.
1.3 Validation des avancées du Groupe de travail amiante environnemental Le Groupe de travail amiante environnemental de Nouvelle-Calédonie rassemble les institutions et organismes suivants : Les Directions techniques concernées du Gouvernent (DASS, DIMENC, DTE, DTSI DITTT), les Provinces, l’Institut Pasteur de Nouvelle Calédonie (IPNC), des géologues de l’institut de Recherche et du Développement (IRD), du BRGM et de l’Université de Nouvelle-Calédonie (UNC), une géographe de santé de l’UNC. Au sein de ce groupe de travail, les compétences sont présentes pour traiter en grande partie les trois axes de travail rappelés au paragraphe 1.1. Le rapport d’avril 2007 coordonné par Le groupe de travail comprend un sous-groupe ou « groupe de recherche » (BRGM, IRD, IPNC, UNC). Les études entreprises par ces différents acteurs sont de deux types : - recherche avec une thèse en géographie de la santé (UNC) et des projets financés par le Ministère de l’Outre-Mer et - service public avec des projets financés par le DASS et Les échanges du Groupe de travail avec la mission d’expertise ont permis de confirmer les orientations et recommandations déjà exprimées pour les affleurements amiantifères, de rendre compte et valoriser des expériences dans des contextes comparables tel que Globalement, la mission d’expertise valide le travail collectif présenté dans le rapport d’avril 2007 cité ci-dessus. Les recommandations issues de cette mission confirment les propositions et conclusions du Groupe de travail. . Estimation de l’impact des expositions environnementales à l'amiante sur la santé de la population de Nouvelle-Calédonie Le nombre de cas de mésothéliome et de cancer du poumon attribuables à l'utilisation du pö avait été estimé précédemment à partir de l'enquête cas-témoins réalisée sur le territoire [5]. Cette source d'exposition étant maintenant supprimée, il s'agit maintenant d'évaluer l'impact sur la santé de l'exposition à l'amiante dans d'autres circonstances d'exposition. La démarche d'évaluation des risques sanitaires fait intervenir quatre étapes : identification du danger, caractérisation de l'exposition (population exposée, évaluation des niveaux d'exposition), évaluation de la relation dose-réponse, estimation quantitative du risque. Dans le cas de
2.1. Évaluation de la relation dose-effet Les modèles appliqués sont ceux qui ont été utilisés dans l'expertise collective de l'Inserm [11] pour l'évaluation quantitative du risque de cancer du poumon et de mésothéliome dans la population française. Pour le cancer du poumon; le modèle considère que l’excès de cancers du poumon est proportionnel au nombre de cancers du poumon attendus hors exposition avec une variation du risque relatif de décès égale à + 0,01 par unité supplémentaire d’exposition cumulée (1 f/ml/année). Le type de fibre n’intervient pas dans le modèle. Le nombre de cancers du poumon attribuable à l’amiante est calculé selon la formule suivante : Np = 0,01 × (EC) × (cas attendus) où : · Np = nombre de décès par cancer du poumon attribuables à l’exposition à l’amiante dans la population étudiée ; · EC = exposition cumulée dans la population à un moment donné, exprimée en f/ml/année ; · Cas attendus = nombre de cas attendus dans cette population en dehors de l’exposition à l’amiante. Pour le mésothéliome, le modèle permet d’estimer directement le nombre de mésothéliomes attribuables à l’exposition à l’amiante. Ce modèle dépend du type de fibres, est linéaire par rapport au niveau d’exposition hebdomadaire moyen (f/ml/semaine), et cubique en fonction du temps écoulé depuis l’exposition, réduit d’un décalage temporel de 10 ans. Le nombre de mésothéliomes attribuables à l’exposition à l’amiante dans la population est calculé, pour une exposition en cours ou terminée depuis moins de 10 ans, selon la formule suivante : Nm = (Km) × (f) × [(t – 10)3] × (P) · Nm = nombre de mésothéliomes attribuables à l’exposition à l’amiante dans la population étudiée ; · f = niveau d’exposition en fibre/ml ; · d = durée totale d’exposition en années ; · t = nombre d’années écoulées depuis le début de l’exposition ; · Km est un coefficient dépendant du type d'amiante respectivement estimé à 1 × 10– 8 pour le chrysotile, 1,5 × 10– 8 pour les expositions mixtes chrysotile/amphiboles et 3 × 10– 8 pour les amphiboles. · P = nombre de sujets à risque dans la population. Le paramètre Km spécifique des amphiboles (3 × 10– 8) a été utilisé, car la trémolite est la variété d’amiante majoritaire dans les prélèvements examinés, et les excès de risque ont été calculés en se plaçant sous l’hypothèse la plus conservatrice (maximisant les risques). Il est cependant aisé de calculer les excès de risque de mésothéliome sous l’hypothèse d’une exposition mixte chrysotile/amphibole ou d’une exposition exclusive au chrysotile, en divisant les excès de risque individuels de mésothéliome présentés par respectivement 2 et 3. 2.2. Estimation des niveaux d’exposition La majeure partie des prélèvements d’air effectués jusqu’à présent a concerné des maisons enduites de pö, ou des tribus dans lesquelles le pö était utilisé, et sont donc difficilement exploitables pour estimer les niveaux associés aux autres sources d’exposition. Lors de la campagne de métrologie réalisée par l’Inserm et le LEPI[1], des prélèvements ont été effectués à Montfaoué, Petit Couli (tribus dans lesquelles le pö était encore utilisé), Nédivin (où le pö n’était plus utilisé depuis plus de 20 ans) et à Unia (où le pö n’avait jamais été utilisé). En dehors des prélèvements concernant les maisons enduites de pö, des prélèvements ont été réalisées à l’intérieur et à l’extérieur de maisons non recouvertes, en atmosphère générale, et sur les pistes. Les niveaux observés en atmosphère générale sont faibles (de 0,3 à 0,5 F/l). A l’intérieur ou à proximité des maisons, les concentrations varient de 0,3 à 1 F/l. Des niveaux plus élevés (entre 5 et 10 F/l) sont observés à l’occasion d’activités ménagères ou près des pistes. Cependant, à Montfaoué et Petit Couli, l’hypothèse d’une contamination de l’environnement lié à la présence de maisons recouvertes d’enduit ne peut être exclue. Les concentrations maximales observées à Nédivin sont de 1 F/l en atmosphère générale et l’intérieur des maisons, 25 F/l pendant le ménage et 34 F/l près des pistes. En dehors de ces prélèvements, les autres prélèvement réalisés dans lesquels des fibres d’amiante ont été retrouvées concernent des contrôles lors de la démolition d’habitations recouvertes de trémolite (qui ne peuvent être utilisés), et des mesures à l’intérieur de véhicules lors de la circulation sur des pistes. Certains de ces derniers prélèvements mettent en évidence des niveaux élevés, de plusieurs centaines de fibres par litre. Les autres prélèvements (mesures statiques dans la région de Houaïlou, au bord des pistes à Koné et Poya et en zone minière sont négatifs (pas de fibre détectée). L’ensemble de ces prélèvements pose des problèmes d’interprétation qui sont discutés ailleurs dans ce rapport. Le faible nombre de prélèvements réalisés combiné à des problèmes de comparabilité et d’interprétation des résultats font qu’il n’est donc pas possible de calculer des niveaux d’exposition moyens. On peut cependant en déduire quelques données générales : les concentrations en atmosphère générale sont faibles (inférieures à 1 fibre/l) ; certaines circonstances (activités ménagères, circulation sur les pistes) peuvent amener des concentrations élevées en fibres d’amiante, de l’ordre de plusieurs dizaines de fibres par litre d’air ou plus. Les excès de risque de cancer ont donc été calculés selon plusieurs scénarios qui apparaissaient plausibles : <p class="MsoNormal" style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt 18pt; TEXT-INDENT: 0cm; TEXT-ALIGN: justify; tab-st